-Enfoiré, t’as tué notre maître, tu vas le payer !
Eiji, les larmes aux yeux, exprimait toute sa haine et sa rancœur envers un être qu’il considérait d’abord comme un modèle, comme un frère avant de trouver, au petit matin, leur maître, éventré, dont les murs étaient tachés de son sang. L’assassin et meilleur élève, Kenji, avait quitté le dojo le soir même du meurtre... Fuyant pour limiter au maximum les conséquences de son acte. Ce meurtre a fait de lui un ronin. Voyageant ici et là. Espérant tirer un trait sur son passé, il ne se doutait pas qu’il allait se retrouver face à Eiji, un de ses camarades pour qui il éprouvait une certaine sympathie, chose très rare chez le ronin au cœur de verre. Ken adorait s’exiler sur le bord de la plage pour méditer, ou bien se reposer, et c’est sans étonnement que Eiji le retrouve face à la mer : Ken avait l’habitude de le faire, déjà très jeune. Ken jeta un œil hagard a son futur adversaire avant de lancer posément :
-Ne m’oblige pas à faire ça.
Le teint de Eiji vira au rouge :
-Tu n’as donc aucun respect pour l’homme qui t’as recueilli et élevé comme son propre fils ? Tu ne mérites que la mort !
-Ainsi soit-il.
Tous deux se mirent en garde, la main sur le manche de leur sabre, avant que Eiji se lance en poussant un kiai haineux vers Ken. En une fraction de seconde Ken dégaina son sabre avant de l’enfoncer dans le plexus de son « frère ». Celui-ci, cramponnant son sabre, les bras levés, vomit du sang, les yeux écarquillés. Ken retira son sabre du corps maintenant inerte qui laissa échapper un jet pourpre sur le sable. Ken fendit l’air avec son sabre pour en retirer le sang qui l’occupait avant de le ranger dans son fourreau. Il jeta un œil au corps inerte avant de marcher le long de la plage, pensif. Le meurtre de son maître lui revint en tête...
C’était un soir d’hiver. Une ombre se profila au dessus du visage assoupi de Ken. Celui-ci se réveilla instantanément, ne fermant toujours qu’un seul œil, et évita l’attaque, avant de ramasser son sabre et de riposter. L’attaque fut parfaite, un coup porté au coup puis à la poitrine. La clarté de la Lune éclaira enfin l’assaillant qui se trouvait être son maître. Il fut paralysé de peur et d’incompréhension. Pourquoi ? Il relâcha son sabre, qui était maintenant complètement enfoncé dans le corps de son père de substitution, celui-ci réussit à esquisser un sourire malgré la douleur infâme qui le traversait de pars en pars :
-Décidément tu as encore progressé... Ken.
Ken, tétanisé, réussit à aligner quelques syllabes :
-Maître !
Le maître lui lança un dernier regard avant de retirer le sabre, aspergeant les murs du dojo de son sang. Le lendemain il était parti et il était devenu un ronin, un homme...